Le style est épuré et les pages sont joliment alternées en de petits paragraphes concis. Il n'y a pas de noms propres et les personnages que nous suivons sur la route sont appelés "l'homme" et "l'enfant". Le récit est une quête vers la mer - Un but que semble s'être fixé l'homme pour entretenir l'espoir de l'enfant - Les lieux traversés n'ont pas de noms. Les évènements qui ont provoqué la chute de l'humanité ne sont pas décrits - On nage en plein brouillard à l'image d'un ciel toujours gris, d'une terre rendue stérile par des pluies de cendres et des villes abandonnées.

Alors évidemment le fan de SF est un peu décontenancé et attend le moment où on va rencontrer une communauté de survivants ou une bande de pillards. Mais le père et l'enfant s'évertuent à les éviter, l'autre est devenu un pillard, parfois un cannibale. Ils jouent à cache-cache en poussant un caddie rempli du butin qu'ils trouvent sur la route. La route devient pour le père et l'enfant un enfer de solitude, de froid, de faim et de peur. Une forme de suspense entretenue dans l'inaction qui vous fait tourner les pages avec horreur.

La Route c'est le Stalker de la littérature. Du Post Apo sans Série B - Une Roman qui empreinte la forme de ce sous genre de la SF pour en exploiter son potentiel poétique - Ce qui aurait du être fait il a fort longtemps et le pose du coup comme une évidence. Dieux n'existe pas et nous sommes tous ses prophètes dit le narrateur. Et bien si McCarthy est un prophète je veux bien être son humble apôtre.